Description
Entre la Giudecca et le Lido, à quelques minutes de bateau de la place Saint-Marc, l’île de San Clemente fut longtemps la porte de Venise. Au XVe siècle, le Bucentaure, la galère d’apparat des doges, venait y accueillir les hôtes de marque avant de les conduire en cortège sur le Grand Canal. Un marchand, Pietro Gattilesso, y avait fondé en 1131 une église et un hospice pour les pèlerins en route vers la Terre sainte ; les ermites camaldules, maîtres des lieux à partir de 1645, lui donnèrent sa façade, offerte par les Morosini en mémoire de deux des leurs tombés à la guerre de Candie. Après Napoléon, l’île devint garnison, puis, de 1844 à 1992, asile de femmes : « aller à San Clemente », dans le parler vénitien, c’était perdre la raison. Depuis 2003, c’est un palace.
De cette histoire, la photographie ne retient que la forme. Vue d’aplomb, l’île apparaît comme un plan d’architecte posé sur l’eau : les ailes de tuiles rousses dessinent leurs cours et leurs cloîtres, les jardins y ménagent leurs respirations, la piscine fait une tache de turquoise, et tout autour la lagune, lisse comme du jade, n’est troublée que par le sillage blanc d’un motoscafo qui approche. Venise se rêve vue du ciel depuis la grande perspective à vol d’oiseau gravée par Jacopo de’ Barbari en 1500 ; cinq siècles plus tard, ce regard reste un privilège. L’image le prend avec la retenue qu’il impose : aucun effet, une lumière égale, le dessin seul.
Depuis neuf siècles, cette île reçoit : pèlerins, moines, malades, voyageurs. La série Hospitality s’attache à ces lieux qui font profession d’accueillir, et à ce qu’ils révèlent d’une ville quand on les regarde d’un peu plus loin, ou d’un peu plus haut.





