Description
En 1163, Louis VII fonda sur l’Yonne une ville neuve, avant-poste du domaine royal face au comté de Champagne ; elle s’appela Villeneuve-le-Roi jusqu’à la Révolution. Son pont Saint-Nicolas, achevé en 1186, et ses portes médiévales disent encore cette vocation de passage. Pendant plus de trois siècles, la rivière fut aussi la route du bois : depuis le milieu du XVIe siècle, des trains de bûches flottées descendaient de Clamecy jusqu’à Paris, qu’ils chauffaient, en onze jours. C’est sur l’Yonne encore, en 1834, que fut construit le premier barrage à aiguilles. Puis vinrent les écrivains et les peintres : Joseph Joubert vécut à Villeneuve plus de trente ans et y reçut Chateaubriand ; à la fin du siècle, Misia et Thadée Natanson y accueillirent Bonnard, Vuillard, Vallotton et Toulouse-Lautrec, et Vuillard peignit en 1897 Le Passeur, une barque sur l’Yonne, aujourd’hui au musée d’Orsay.
La photographie se tient au ras de l’eau, face à la perspective que les arbres des deux rives referment vers l’horizon. Mais le véritable sujet occupe les deux tiers de l’image : un ciel de convection, chargé, théâtral, où des cumulus s’éclairent d’un blanc presque solide tandis que d’autres masses, plus lourdes, laissent pendre des rideaux de pluie. Le noir et blanc donne à ces nuages une densité de matière et change l’eau, ridée par le vent, en une étendue d’étain. Gustave Le Gray combinait deux négatifs pour tenir ensemble le ciel et l’eau ; Constable consacra deux étés à des études de ciel. L’image appartient à cette tradition où le ciel cesse d’être un fond pour devenir le sujet, au-dessus d’une rivière domestiquée depuis des siècles et toujours soumise à son humeur.
La série Water suit les eaux qui ont fait les villes ; l’Yonne, qui porta jusqu’à Paris le bois de ses hivers, en est l’une des plus discrètes.





