Description
Le Vietnam n’a jamais proclamé de fleur nationale ; quand le public fut consulté, en 2011, c’est pourtant le lotus qui l’emporta. Il est partout : dans la pagode au Pilier unique de Hanoï, élevée en 1049 en forme de fleur sortant de l’eau ; dans le thé que l’on parfume au lac de l’Ouest avec les étamines d’au moins mille fleurs pour un seul kilogramme ; dans un chant populaire anonyme que l’on apprend à l’école : « Dans l’étang, quoi d’aussi beau que le lotus ? […] Si près de la boue, et sans l’odeur de la boue. » La fleur qui naît de la vase sans en garder la trace est devenue, ici comme dans le bouddhisme, une image de la pureté.
Il faut prendre de la hauteur pour comprendre cette image. Aux étangs de Hang Múa, au pied du mont Ngọa Long, à hauteur d’homme, on ne voit que des bassins couverts de feuilles et des passerelles sur pilotis ; d’aplomb, le cheminement devient dessin : les pétales d’une fleur immense, une forme centrale aux courbes souples, un éventail rayonnant. Le noir et blanc retire au vieux chant ses couleurs — les feuilles vertes, les fleurs blanches, les étamines jaunes — pour ne garder que la structure : la géométrie des digues, la ligne claire des passerelles, le grain serré des feuilles sur l’eau. Reste une figure presque calligraphique, où les hommes ont tracé l’emblème à même son modèle.
La série Water suit ces lieux où l’eau ne se contente pas de porter le paysage ; ici, elle porte un symbole.





