Description
Les châteaux d’eau sont la signature des toits de New York. Quand l’eau du Croton arriva en 1842, sa pression suffisait à la monter jusqu’au sixième étage environ ; au-delà, il fallait des pompes et un réservoir sur le toit. Ces cuves se sont multipliées à partir des années 1880, avec l’ascenseur et la charpente d’acier. Elles sont toujours faites de cèdre ou de séquoia, des bois bon marché qui isolent du gel, et durent vingt-cinq à trente ans ; trois entreprises familiales, dont Rosenwach et Isseks Brothers, en construisent l’essentiel depuis plus d’un siècle. En 1998, Rachel Whiteread moula dans une résine translucide l’intérieur de l’une de ces cuves et l’installa sur un toit de SoHo, au coin de West Broadway et de Grand Street, comme le fantôme d’un objet que plus personne ne regardait ; l’œuvre est aujourd’hui au MoMA.
La photographie est prise en hauteur, au-dessus de Bushwick, à Brooklyn : un quartier de briques, d’ateliers et d’entrepôts où les rues se croisent à angle droit, et où, depuis 2012, le Bushwick Collective invite des artistes à peindre les murs. Ici, la ville reste basse : toits goudronnés, panneaux solaires, châteaux d’eau sur pilotis, façades couvertes de fresques. Tout au fond, sous un ciel semé de petits nuages, Manhattan dresse sa muraille de tours, de l’Empire State Building aux flèches de Midtown, présente et lointaine à la fois, comme un décor posé sur l’horizon.
C’est le paradoxe new-yorkais que l’image met à plat : la métropole verticale que l’on connaît par cœur et, à ses pieds, l’étendue horizontale des quartiers qui la regardent. La couleur oppose la brique rousse du premier plan aux gris bleutés du lointain, la ville qui travaille à celle qui se donne en spectacle. La série New York suit la ville par ses ponts, ses avenues et ses toits ; ici, les toits.





