Description
Regarder la terre d’aplomb est une conquête récente. En 1858, Nadar fit, depuis un ballon captif au-dessus du Petit-Bicêtre, près de Paris, la première photographie aérienne ; aucune épreuve n’en a été conservée. La plus ancienne qui nous soit parvenue fut prise à Boston en 1860 par James Wallace Black, sous un titre qui dit tout le programme : « Boston, as the Eagle and the Wild Goose See It ». En 1888, à Labruguière, dans le Tarn, Arthur Batut suspendait un appareil à un cerf-volant ; un siècle plus tard, Yann Arthus-Bertrand faisait de la vue verticale un langage partagé, avec La Terre vue du ciel, publiée en 1999 puis exposée sur les grilles du jardin du Luxembourg. Cette vue a ceci de singulier qu’elle supprime l’horizon : sans ciel ni point de fuite, le paysage devient une surface, et la surface une image.
Cette photographie cadre le point précis où deux matières se touchent sans se confondre. À gauche, le sable blond s’étire en longues crêtes parallèles, striées comme une dune que l’eau recouvrirait à peine. À droite, le vert profond se creuse de reliefs arrondis, des dunes immergées que la lumière révèle par transparence. Entre les deux, une lisière nette, presque tracée à la règle par la marée, où se sont arrêtés deux canots blancs, seuls repères d’échelle dans cette géographie mouvante.
Dernier volet de la série Ondulations : après le relief et la surface, la lisière. À la marée suivante, la ligne aura changé de place ; l’image en garde le tracé d’un jour.





