Description
Fondée vers 1070 par les Almoravides, Marrakech a gardé de la ville médiévale l’ordre de ses souks : au nord de la place Jemaa el-Fna, chaque métier avait sa rue, et chaque souk porte encore le nom de son métier — teinturiers, babouchiers, forgerons. C’est cette ville d’artisans que l’UNESCO a inscrite au patrimoine mondial en 1985, en citant nommément ses souks, ses fondouks et ses activités artisanales. Dans les allées des ferronniers, on travaille encore le métal sous les yeux du passant : lanternes, grilles et sièges de fer forgé sortent des ateliers et attendent preneur sur le pavé.
La photographie se tient dans l’une de ces allées couvertes, sous une toiture qui filtre le jour. Les portes de fer, noircies, portent des chiffres tracés à la craie ; sur l’une d’elles, une inscription arabe dit simplement « à vendre ». Au centre, dans la seule tache de lumière franche, un homme accroupi se penche sur sa mobylette. Le geste est ordinaire, absorbé, et il donne soudain son échelle à tout ce décor de forge : ces objets sont fabriqués, vendus et réparés ici, par des mains. La lumière tombe en oblique, comme dans un atelier, et laisse le reste dans une pénombre où l’œil découvre peu à peu les détails : une affiche d’équipe de football, une seconde mobylette dans l’ombre, la dentelle d’un fauteuil de fer.
Elias Canetti, venu à Marrakech en 1954, en a rapporté Les Voix de Marrakech. Cette image en serait l’envers silencieux : le souk tel qu’il s’appartient, quand personne ne le regarde.





