Description
Miami est une ville neuve. Le premier train de Henry Flagler y arriva le 22 avril 1896, et la ville fut constituée le 28 juillet suivant, avec un peu plus de trois cents habitants. Julia Tuttle, qui possédait des terres au bord de la Miami River, avait convaincu Flagler d’y conduire sa ligne après les gelées de l’hiver 1894-1895 ; on l’appelle encore « la mère de Miami ». Le paysage de l’image est lui aussi une construction. Au début du XXe siècle, on creusa à travers la presqu’île le chenal de Government Cut pour ouvrir le port à la haute mer ; il détacha de Miami Beach l’île qui porte aujourd’hui le nom de Carl Fisher, le promoteur de la station, qui l’acheta en 1919. Le port de croisière et de commerce s’étend, depuis les années 1960, sur des îles réunies au milieu de la baie de Biscayne.
La photographie est prise au ras de l’eau, à l’instant où le jour bascule. Le ciel occupe les deux tiers du cadre et en est le véritable sujet : de grandes écharpes de nuages s’y enroulent, incendiées par le soleil disparu, tandis qu’à droite une masse orageuse, presque bleue à force d’ombre, avance comme un rideau. Sur l’horizon, les tours du centre-ville, les premières lumières et les grues du port se réduisent à des silhouettes. L’eau, déjà gagnée par la nuit, ne garde au premier plan qu’un long reflet cuivré.
En 1860, Frederic Edwin Church peignit avec Twilight in the Wilderness un ciel entier en feu au-dessus d’une terre déjà noire. Le sauvage a laissé place à une ville, mais le partage reste le même : la lumière tout en haut, l’ombre qui gagne. La série Water suit les eaux qui ont fait les villes ; ici, un port gagné sur la baie.





