Description
En 968, au sortir de la guerre des douze seigneurs, Đinh Bộ Lĩnh se proclama empereur du Đại Cồ Việt et installa sa cour à Hoa Lư, dans une vallée que les reliefs calcaires fermaient comme une enceinte. La dynastie des Lê antérieurs y régna à son tour. En 1010, Lý Thái Tổ jugea ces règnes trop brefs, préféra à la vallée close la plaine ouverte de Đại La et y fonda Thăng Long, le « dragon qui s’envole », l’actuelle Hanoï. Il reste à Hoa Lư les temples élevés aux premiers rois sur l’emplacement de leurs palais, des rivières qui servaient de routes, et ce karst à tourelles que l’eau a ciselé pendant des millions d’années, et que la mer, par moments, a changé en archipel. L’UNESCO l’a inscrit en 2014, sous le nom de complexe paysager de Tràng An, à double titre : pour sa beauté, et pour les trente mille ans de présence humaine qu’il conserve.
La photographie, prise au ras de l’eau, ramène ce paysage à trois valeurs. En haut, un ciel blanc, sans nuage ni détail, laissé tel quel ; au milieu, les pitons en silhouettes successives, de plus en plus pâles à mesure qu’ils s’éloignent ; en bas, la rivière, seule surface à recevoir la lumière et à la rendre en frissons d’argent. À droite, un palmier penche sa masse noire au-dessus du courant ; près de la berge, quelques perches plantées dans l’eau disent, sans insister, que l’homme est là. On pense à la peinture de paysage d’Extrême-Orient, où le vide du papier pèse autant que l’encre : ici aussi, c’est le blanc qui donne leur poids aux noirs.
En vietnamien, un même mot, nước, désigne l’eau et le pays. La série Water suit ces lieux où l’eau ne se contente pas de refléter le paysage : elle le fonde.





