Description
Ils sont sept ou huit, garés en épi le long du trottoir, chacun dans sa machine numérotée. Le xích lô — le cyclo-pousse vietnamien — place le client à l’avant ; l’heure creuse renverse les rôles, et ce sont les conducteurs qui occupent la banquette, jambes allongées sur le guidon, casquette rabattue, téléphone en main ou paupières closes. Au-dessus d’eux, des lanternes de soie trouent l’obscurité et déposent sur le mur blanc une lumière douce que le noir et blanc transforme en éclairage de théâtre. La rue est vide, la scène presque immobile ; seules les postures varient, d’un homme à l’autre, comme les temps d’une même phrase. C’est un portrait collectif d’un métier d’attente, où l’essentiel du travail consiste à être là — et où la nuit, pour une fois, appartient à ceux qui pédalent.





