Description
Avant le pont, on passait l’Yonne en bac entre Cézy et Saint-Aubin-sur-Yonne. L’ouvrage fut construit en 1845 et mis en service l’année suivante, en pleine vague des ponts à câbles : depuis celui que Marc Seguin et ses frères avaient jeté sur le Rhône à Tournon en 1825, des centaines de ponts suspendus s’étaient élevés en France. En 1850, l’effondrement du pont de la Basse-Chaîne, à Angers, au passage d’un bataillon, fit plus de deux cents morts et jeta pour longtemps la défiance sur ces ponts de fil. Celui de Cézy a traversé ce discrédit : une seule travée de 90 mètres, une seule voie, longtemps fermée aux véhicules de plus de 3,5 tonnes. Il est aujourd’hui le dernier pont suspendu encore en service dans le département. De 2023 à 2025, le Département l’a entièrement restauré — suspension remplacée, câbles, suspentes et ancrages compris, tablier traité contre la corrosion et repeint, pylônes et culées renforcés, nichoirs posés pour les hirondelles et les cincles plongeurs — avant de l’inaugurer de nouveau le 5 juin 2025, pour un siècle.
La photographie le regarde d’aplomb. Le pont n’y est plus un ouvrage que l’on emprunte, mais une ligne : un ruban rouge tendu en diagonale, bordé de ses câbles et de ses suspentes, dont l’ombre court sur l’eau. Tout autour, la rivière tient lieu de miroir ; les nuages y glissent en masses claires sur un fond vert sombre, si bien que le pont semble franchir le ciel lui-même. Sur la rive gauche, la végétation déborde en masses vives, ourlées de nénuphars ; à l’angle opposé, une cime d’arbre lui répond. Le rouge franc contre les verts sourds de l’eau organise toute la composition.
Pour les ingénieurs du XIXe siècle, un pont suspendu était un calcul de tensions ; vu du ciel, il redevient ce qu’il est, un fil tendu entre deux rives. La série Water suit l’eau et ce que les hommes ont bâti pour la franchir.





